L'investissement d’impact peut-il fonctionner avec les actions cotées ?

L’expansion de l’investissement à impact sociétal sur les marchés côtés, fortement encouragée par l’initiative de l’ONU concernant les Objectifs de développement durable (ODD), a fait l’objet de nombreux débats. Beaucoup de zones grises doivent en effet être considérées quant à sa transposition dans les marchés boursiers. L’étiquetage unique de tous les investissements à caractère environnemental, social et de gouvernance (ESG) comme « à impact social » ne rend service ni à l’un ni à l’autre.  

La meilleure manière de décrire les bonnes et mauvaises pratiques de l’investissement d’impact sur les marchés cotés est de l’aborder par son application pratique. Nous exposons ci-après plus en détail l’investissement d’impact sur les marchés émergents.    

Les pays en développement ont les besoins en capitaux les plus importants

La liquidité, la transparence et l’envergure des marchés cotés permettent d’avoir un réel impact dans les marchés émergents.   

Des études montrent qu’en 2011, environ 71 % de la population mondiale vivait avec moins de 10 $ par jour1. Devant ce constat, les entreprises capables de s’attaquer à cette question ont une formidable opportunité de développement, ne serait-ce que par la prestation des services de base à la population.

Les entreprises à même de fournir des biens et services tels que les médicaments essentiels, l’eau potable, des services d’assainissement ou financiers de base ont la possibilité d’avoir un impact positif. 

Nous nous intéressons plus particulièrement aux entreprises qui s’attaquent à ces problèmes en élargissant l’accès à leurs produits et services, notamment à destination des populations moins bien desservies, grâce à des prix plus modérés, une distribution plus large ou l’éducation. Ces entreprises s’appuient généralement sur leur taille, le soutien du secteur public et/ou tout simplement leur caractère innovant et spécialisé. 

Comment ? L’investissement d’impact doit aller au-delà de la simple intégration des facteurs ESG

La création d’une stratégie d’impact avec des actions cotées suppose de remplir plusieurs objectifs concomitants. Comme toujours, nous recherchons les entreprises que nous estimons capables de générer une valeur importante et durable pour l’actionnaire à long terme.

Concernant l’« impact », nous recherchons des entreprises dont les produits et services apportent des bénéfices sociétaux à leurs clients (par ex. : solutions de santé, éducatives ou agricoles), et/ou pour la société au sens large (par ex. : stratégies d’énergies renouvelables ou stratégies de préservation de l’eau). Nous pouvons également inclure des entreprises dont l’impact social provient de stratégies opérationnelles, telles que les programmes spéciaux de responsabilité sociale d’entreprise, ou celles qui visent des objectifs importants de réduction des émissions de CO2 et/ou de déchets mis en décharge, par exemple. Seuls les groupes qui se distinguent nettement peuvent être considérés comme des entreprises à impact social opérationnel.

Pour intégrer ces points dans une stratégie actions, nous avons mis au point un cadre de 14 thèmes recouvrant ces trois grands domaines d’impact – social (par ex. : santé ou éducation), environnemental (par ex. : changements climatiques ou existence durable) et économique (par ex. : infrastructure de subsistance ou productive). Certains fonds à impact peuvent être dédiés à un thème unique ou un ensemble limité de thèmes tels que les changements climatiques ou la rareté de l’eau. D’autres peuvent cibler des thèmes multiples et être groupés sous de grands thèmes généraux qui permettent au client de mieux appréhender le domaine de spécialisation du fonds, comme « l’inclusion », « l’accès », « le bien-être » ou « l’action pour la planète ». 

Selon les thèmes d’impact choisis, chacune des stratégies cible de manière explicite certains ODD, à travers nos thèmes d’investissement de fonds. Dans le cas des marchés émergents, les grands thèmes généraux peuvent comprendre la couverture des besoins de base, l’accès et la contribution de la population au commerce et/ou une meilleure mobilité sociale. 

À partir de cela, nous pouvons classer les investissements potentiels sous chacun des thèmes et développer une stratégie d’engagement active afin de générer un impact positif.

Thèmes d’investissement et ODD

Dans tout investissement d’ impact - via les marchés cotés ou privés - les objectifs spécifiques construits autour de thèmes d’impact explicites constituent la base de la stratégie. 

Généralement, un investisseur devrait avoir en tête une certaine théorie du changement. Par exemple, quels sont les types de solutions de microfinance ou d’infrastructure qui contribuent réellement à atteindre les ODD ? Quels sont ceux qui n’y contribuent pas ? Ces théories peuvent alors orienter les gestionnaires de fonds dans leurs décisions d’investissement et les aider à choisir les indicateurs de performance les plus pertinents (KPI) à surveiller. La détermination des KPI doit faire l’objet d’un processus rigoureux pour s’assurer que les entreprises sont en mesure de communiquer les données nécessaires de manière viable et que les indicateurs choisis fournissent une vision réelle du changement qui a lieu, qu’il soit positif ou non. 

Le grand thème général de « l’accès » au sein des marchés émergents repose, par exemple, sur la promotion de la participation des populations défavorisées à l’économie. Ce domaine comprend l’inclusion financière, les technologies facilitatrices et l’infrastructure de production. Avec les nouvelles technologies qui donnent l’occasion aux entreprises de bouleverser le paysage économique, certains marchés potentiellement immenses deviennent accessibles, ce qui rend les opportunités d’investissement dans cette sphère d’autant plus intéressantes. Que ce soit par l’explosion de l’adoption du smartphone, la prolifération des portefeuilles électroniques ou l’utilisation de plus en plus courante de l’identification biométrique, une série de nouveaux marchés est en train de s’ouvrir et ce, dans des domaines aussi étendus que le commerce électronique, les solutions de paiement, la micro-assurance ou l’e-learning. Nous sommes convaincus que les acteurs qui intégreront rapidement et de manière responsable les populations en marge dans l’économie formelle sortiront leur épingle du jeu. Et les bénéfices pourraient s’avérer considérables. 

Ci-après, nous décrivons comment structurer le dossier d’investissement visant à livrer un impact sociétal positif, dans la lignée des ODD.

Grand thème général visé : l’inclusion financière

Créer des opportunités et faciliter l’existence grâce à la finance, aux infrastructures de production et à la technologie.

Le manque de pénétration financière constitue un obstacle et un problème, mais également une belle opportunité pour des entreprises financières innovantes et d’une manière plus large, pour l’économie.    

Les opportunités d’investissement et de croissance sont plus accessibles avec une base d’épargne nationale stable et lorsque la technologie sert de levier pour inclure la population dans le système économique forme.

L’application d’une philosophie d’investissement à impact social aux marchés cotés nécessite un cadre unificateur, tout d’abord pour identifier les thèmes visés, puis pour évaluer soigneusement la pertinence des investissements sous-jacents. De même, le gestionnaire d’actifs doit fortement inciter les entreprises à mieux communiquer sur leur impact sur la société et s’efforcer de suivre et de rendre compte d’indicateurs clés appropriés. Toutefois, cette capacité de reporting (fournir des informations claires sur les bénéfices sociétaux de l’investissement) est critique pour établir la crédibilité de l’investissement à impact social sur les marchés cotés.

Source : Pew Research Centre. « A global middle class is more promise than reality » (mise à jour août 2015). 15 % des personnes étaient considérées comme « pauvres » (en dessous de 2 $/jour) et 56 % comme disposant de « faibles revenus » (de 2 à 10 $/jour).