Apparition de nouvelles opportunités liées à l'augmentation de l'espérance de vie

 

Rédigé par Arif Durrani, directeur exécutif de Bloomberg Media Studios pour la zone EMEA.

L’économie évolutive : apparition de nouvelles opportunités liées à l'augmentation de l'espérance de vie

C'est une réalité que peu d’entre nous sont prêts à accepter : nous vivons plus longtemps que nous n'avions prévu de vivre. Au cours des 150 dernières années, notre espérance de vie a augmenté de deux à trois ans chaque décennie. Si cette croissance poursuit ce rythme, la majorité des enfants nés au sein de pays industrialisés au cours de cette année devraient ainsi dépasser les 100 ans.1

Jusqu'en 1950, l'augmentation moyenne de l'espérance de vie pouvait principalement être reliée à l'amélioration des conditions de vie et des systèmes de santé, entraînant une baisse de la mortalité infantile et précoce. Après 1950, l'espérance de vie moyenne a subi une augmentation largement due à l'évolution du taux de mortalité en milieu et fin de vie2. Le résultat est saisissant : les gens vivent plus longtemps, ce qui transforme notre société de manière fondamentale.

Lorsque les gens se mettent à réfléchir à leur plus grande espérance de vie, ils ont tendance à se focaliser sur la planification de leur retraite. Des manifestations de masse ont fait les gros titres cet été en Russie, alors que plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre les augmentations de l'âge de la retraite présentées par le gouvernement russe en juin. Le président Vladimir Poutine a défendu cette réforme en la décrivant comme une nécessité qui « ne peut être repoussée plus longtemps ».

La retraite est un défi universel. Dans les faits, les nouveaux âges de départ en retraite implémentés en Russie (60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes) restent similaires, voire inférieurs à ceux constatés dans la majorité des pays industrialisés.

À l'échelle mondiale, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans est susceptible de croître plus de cinq fois plus rapidement que celui des moins de 60 ans entre 2018 et 20303. Une telle longévité affecte non seulement nos vies professionnelles, mais des preuves de plus en plus nombreuses montrent également que celle-ci influence les choix importants que nous prenons au cours de notre vie, la manière dont nous dépensons notre argent et passons notre temps libre, de même que notre vision de la vie.

« Des vies plus longues entraînent des conséquences importantes, surtout avec l'augmentation du nombre d'années suivant la période où les parents élèvent leurs enfants, ce qui ouvre la porte à des opportunités de réduire l'inégalité entre les sexes et de transformer les relations personnelles », déclare Dani Saurymper, gérant de portefeuille chez AXA Investment Managers et responsable d’étude sur le vieillissement et l'évolution du mode de vie.

« En l'espace de quelques générations seulement, la vision traditionnelle en trois étapes de la carrière d'un individu, passant de manière systématique d'une éducation à plein temps à un emploi à plein temps puis à une retraite à plein temps, est devenue obsolète et doit radicalement être revue. »

Une ère de multi-étapes

De nombreux membres de la génération X, aujourd'hui quarantenaires ou cinquantenaires, suivent des parcours professionnels de plus en plus volatils, tout en s'occupant de leurs parents âgés. Mais avec une épargne-retraite plus faible sur laquelle se reposer, les options de carrières multi-étapes attirent.

Lynda Gratton et Andrew Scott mettent en avant le concept de vie multi-étapes dans leur livre phare, The 100-Year Life. Pour eux, l'idée que les connaissances et compétences acquises lors de notre jeunesse nous seront utiles toute notre vie est aujourd'hui dépassée. Le futur de notre vie professionnelle reposera selon eux sur la possibilité de prendre du temps pour investir de manière fondamentale dans un réapprentissage et une acquisition de nouvelles compétences.

« Nous sommes convaincus que les gens évolueront vers une perspective multi-carrières.

Chaque étape pourra être différente en termes de secteur concerné ou de rôle endossé, mais aussi de motivation des individus, comme par exemple un intérêt financier ou un but social, ou encore d'équilibre entre revenus et loisirs », explique Scott.

Cet allongement de la vie professionnelle offre de nombreuses nouvelles opportunités. L'éducation pourra ainsi occuper une place plus importante, n'étant plus uniquement restreinte à la première partie de notre vie, en raison de la demande croissante de diverses opportunités d'apprentissage continu et d'acquisition de nouvelles compétences. Le secteur mondial de l'éducation représente aujourd'hui plus de 5 billions de dollars, mais n'en est encore qu'à ses premiers pas en termes de numérisation. EdTechXGlobal prévoit une croissance phénoménale de 17 % par an des technologies liées à l'éducation, pour atteindre 252 milliards de dollars d'ici 2020.

Le secteur de la santé est lui aussi en croissance. Aux États-Unis, environ 10 000 personnes fêtent leur 65ème anniversaire chaque jour, moment à partir duquel les dépenses personnelles de santé commencent à doubler. Lorsqu'elles atteignent l'âge de 85 ans, ces dépenses vont à nouveau plus que doubler.4

Le professeur Tom Kirkwood, doyen adjoint chargé du vieillissement à l'université de Newcastle dans le Nord-Est de l'Angleterre, a mené un projet phare, « The Newcastle 85+ Study », ayant rassemblé des informations sur le segment de population présentant la croissance la plus rapide : les personnes âgées de plus de 85 ans. Il estime que cette plus grande longévité est un « triomphe humain », mais qu'il faut désormais permettre aux individus de profiter d'une meilleure qualité de vie pendant plus longtemps.

« Le défi est d'augmenter autant que possible le nombre d'années pendant lequel les personnes peuvent vivre en bonne santé, et d'en faire la priorité au lieu de se focaliser sur l'allongement de l'espérance de vie », déclare-t-il. « Si nous allongeons simplement l'espérance de vie et qu'en ce faisant, nous ajoutons des années de santé fragile ou précaire supplémentaires à la vie des gens, la plupart d'entre eux nous expliqueront clairement que ce n'est pas exactement ce qu'ils veulent ».5

D'autres secteurs pouvant également bénéficier de cette longévité accrue incluent les domaines du fitness et de la beauté, des voyages, de la gestion de patrimoine et du divertissement. En effet, on estime que les générations de personnes partant en retraite et déjà à la retraite représenteront un pouvoir d'achat de plus de 15 billions de dollars d'ici 2020, pratiquement le double des 8 billions de dollars qu'ils représentaient en 2010. En Amérique du Nord, Europe occidentale et Asie du Nord-Est, les personnes de plus de 60 ans devraient en majeure partie (55 %) être responsables de la croissance totale de la consommation d'ici 2030, d'après les analystes de McKinsey Global Institute. 6

Aujourd'hui déjà, malgré le fait qu'elles soient continuellement négligées par les marketeurs des plus grandes sociétés dans le monde et que les plus de 50 ans soient uniquement ciblés par 10 % des investissements marketing effectués aux États-Unis7, les personnes de plus de 60 ans possèdent un pouvoir de consommation indéniable. De nos jours, les membres de la génération du « baby boom » dépensent en moyenne plus par transaction en ligne (203 $) que ceux de la génération X (190 $) ou de la si convoitée génération Y (173 $)8.

Rester plus jeunes plus longtemps

Des vies plus longues jalonnées de périodes de transition plus nombreuses nous forceront à mieux nous adapter au changement.

Gratton et Scott mettent en avant certaines discussions de biologistes spécialisés en évolution expliquant de quelle manière le processus de néoténie, la conservation de caractéristiques juvéniles chez les adultes, peut être bénéfique pour certaines espèces, car les jeunes s'adaptent plus facilement au changement que les adultes. Ceci soutient la notion de « juvénescence » et de comportements en décalage avec l'âge.

Lorsqu'une course passe d'une distance de 15 à 25 km, nous modifions selon eux notre rythme et atteignons les paliers importants plus tard. L'idée impliquée ici est que nous devons revoir notre façon de penser et transformer nos normes culturelles fondées sur l'idée que certains âges, comme 18 ans ou 65 ans, devraient être associés à des comportements spécifiques. Mais l'âge de la retraite n'est pas le seul élément à être repoussé. Dani Saurymper met également en lumière la manière dont l'évolution des tendances chez les consommateurs des pays où la population est vieillissante soutient ce changement.

« Dans de nombreux pays développés, on peut constater que l'âge auquel les gens prennent des décisions importantes liées à leur finance ou leur mode de vie continue à augmenter », explique-t-il. « Qu'il s'agisse d'un achat de maison, d'un mariage, d'enfants ou du début d'une carrière, ces décisions fondamentales surviennent plus tard dans la vie de ces personnes. Bien que de nombreux facteurs expliquent ces changements, la prise de conscience croissante chez les jeunes qu'ils vivront plus longtemps est sans aucun doute un élément très important. »

En 1950, l'âge moyen auquel les femmes se mariaient aux États-Unis était de 20 ans. En 1990, celui-ci était de 24 ans, et l'année dernière, ce chiffre a atteint 27,4 ans, d'après le Bureau du recensement des États-Unis. Des exemples similaires peuvent être constatés partout dans le monde : les jeunes assument des responsabilités professionnelles et prennent des décisions importantes plus tard au cours de leur vie, pour diverses raisons, ce qui résulte en une main-d'œuvre plus adaptable et fluide.

« Tout comme les stock-options deviennent de plus en plus rentables au fil du temps, si vous pensez que vous allez vivre plus longtemps, vos options deviennent plus intéressantes et des décisions prises tôt dans votre vie deviennent bien moins attirantes », argumente Saurymper. « Le résultat est que les engagements qui caractérisaient auparavant l’avènement de l’âge adulte sont maintenant retardés, et de nouveaux modes de comportement et une nouvelle étape de la vie émergent pour ceux dans la vingtaine. »

Ce phénomène ne se limite pas au monde occidental. L’Asie est en passe de posséder la population la plus âgée au monde dans les prochaines décennies. On estime que la proportion de personnes âgées de plus de 60 ans croîtra au cours des prochaines années dans tous les pays d'Asie et principalement au Japon et en Corée du Sud. De plus, on peut également remarquer que le vieillissement survient à un rythme bien plus rapide au sein de nombreuses régions d'Asie et d'Asie-Pacifique que dans les pays occidentaux.

Les pays d'Asie et d'Asie-Pacifique et leurs homologues occidentaux pourraient bénéficier d'un précieux « dividende de longévité » si les personnes plus âgées avaient la possibilité de travailler plus longtemps, mais de manière entièrement adaptée à leur âge. Les entreprises devront proposer à la fois plus d'options d'embauche et de politiques adaptées à l'âge des employés, des rôles plus flexibles et des nombres d'heures de travail réduits. La mission des gouvernements est également de taille, ceux-ci devant se pencher sur l'abolition des lois effectuant une discrimination basée sur l'âge.

Le professeur Kirkwood est convaincu qu'afin que nous puissions pleinement tirer parti de nos vies plus longues, un changement radical en termes d'état d'esprit est nécessaire. « L'un des plus grands défis organisationnels pour les entreprises, les gouvernements, les professionnels de santé et pour chaque individu sera de repenser notre attitude vis-à-vis de notre parcours au fil de notre vie », explique-t-il. « La notion de vieillissement elle-même évolue, et nous devons nous adapter à ce changement. »

Les avantages seront significatifs pour tous ceux qui parviendront à s'adapter le plus rapidement à ce dernier. Davantage de transitions et d’étapes au cours de nos vies entraînent des modifications de nos tendances de consommation, de nos choix en matière de style de vie, de nos activités professionnelles, et bien évidemment, de nos opportunités d'investissement. Mais pour pleinement en tirer parti, nous devons tout d'abord reconnaître que notre monde a changé et continuera d'évoluer, puis nous pencher en détail sur les secteurs contribuant à l'évolution future de notre économie mondiale.

 

Sources

1 Christensen, K.Doblhammer, G. Rau, R.Vaupel, J.W. (3 octobre 2009). Ageing Populations : the Challenges Ahead (Populations vieillissantes : les défis à venir)

2 Fogel, R.W. (2004). Changes in the process of aging during the 20th century: findings and procedures of the Early Indicators Project. (Changements du processus de vieillissement pendant le 20ème siècle : conclusions et démarches du Early Indicators Project.) Waite, L.J., éd. Population Council, Vol. 30.

3 Prévisions consignées par le département du Commerce des États-Unis.

4 Centers for Medicare and Medicaid - Services américains.

5 Interview réalisée avec le professeur Kirkwood par Dani Saurymper.

6 McKinsey Global Institute.

7 AARP, mars 2018.

8 Rapport international sur les consommateurs en ligne, KPMG 2017.

*Investir sur les marchés financiers comporte des risques, notamment un risque de perte en capital

Ce document est exclusivement conçu à des fins d’information et ne constitue ni une recherche en investissement ni une analyse financière concernant les transactions sur instruments financiers conformément à la Directive MIF 2 (2014/65/UE) ni  ne constitue, de la part d’AXA Investment Managers ou de ses affiliés une offre d’acheter ou vendre des investissements, produits ou services et ne doit pas être considérée comme une sollicitation, un conseil en investissement ou un conseil juridique ou fiscal, une recommandation de stratégie d’investissement ou une recommandation personnalisée d’acheter ou de vendre des titres financiers. Ce document a été établi sur la base d'informations, projections, estimations, anticipations et hypothèses qui comportent une part de jugement subjectif. Ses analyses et ses conclusions sont l’expression d’une opinion indépendante, formée à partir des informations disponibles à une date donnée.

Toutes les données de ce document ont été établies sur la base d’informations rendues publiques par les fournisseurs officiels de statistiques économiques et de marché. AXA Investment Managers décline toute responsabilité quant à la prise d’une décision sur la base ou sur la foi de ce document. L’ensemble des graphiques du présent document, sauf mention contraire, a été établi à la date de publication de ce document.

Par ailleurs, de par la nature subjective des opinions et analyses présentées, ces données, projections, scénarii, perspectives, hypothèses et/ou opinions ne seront pas nécessairement utilisés ou suivis par les équipes de gestion de portefeuille d’AXA Investment Managers ou ses affiliés qui pourront agir selon leurs propres opinions. Toute reproduction et diffusion, même partielles de ce document sont strictement interdites, sauf autorisation préalable expresse d’AXA Investment Managers.

AXA Investment Managers Paris, Société de gestion de portefeuille titulaire de l’agrément AMF N° GP 92-008 en date du 7 avril 1992. S.A. au capital de 1 384 380 euros immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro 353 534 506. Tour Majunga – La Défense 9 – 6, place de la Pyramide – 92800 Puteaux.

© AXA Investment Managers 2019. Tous droits réservés