Que font les entreprises pour lutter contre la crise de la démence à venir ?

En quelques mots :
> Principale responsable du handicap et de dépendance chez les personnes âgées, la démence va probablement devenir l’un des problèmes majeures de santé au niveau planétaire en raison de l’augmentation de l’espérance de vie.
> Les conséquences du vieillissement rapide des populations conditionnent la manière dont les entreprises opèrent dans de nombreux secteurs.
> Les entreprises doivent poursuivre les recherches en santé, promouvoir un mode de vie sain et proposer des solutions sur mesure et durables afin de lutter contre la démence pour les générations futures.

 

La démence en quelques chiffres :
3
– un nouveau cas de démence est déclaré toutes les 3 secondes dans le monde1
18 – si les soins mondiaux contre la démence constituait un pays, ce serait la 18e économie mondiale1
50 millions – environ 50 millions de personnes vivent avec la démence au quotidien. Ce nombre devrait doubler tous les 20 ans et atteindrait 82 millions en 2030, puis 152 millions en 20501
10 milliards $ – selon les estimations, les entreprises vont investir 10 milliards de dollars d’ici 2021 dans le développement de traitements contre la démence et la maladie d’Alzheimer2
43 % – retarder de cinq ans l’apparition de la maladie d’Alzheimer réduirait d’environ 43 % le nombre estimé de patients aux États-Unis d’ici 20503

 

En bref :

Qu’est-ce que la démence ?
La démence est un syndrome entraînant une détérioration progressive de la mémoire, de la pensée, du comportement et de la capacité d’une personne à assurer les gestes du quotidien. Bien qu’elle soit souvent associée à la vieillesse, elle ne fait pas partie du processus normal de vieillissement.


Quelle en est la cause ?
La démence est causée par d’autres maladies et lésions affectant l’accumulation des protéines dans le cerveau ou endommageant les cellules nerveuses. La maladie d’Alzheimer est la cause de démence la plus fréquente : on estime qu’elle est à l’origine de 60 à 70 % des cas de démence4.


Quelles sont les personnes à risque ?
L’âge constitue le principal facteur de risque de démence. Le risque de développer la maladie d’Alzheimer et/ou une démence double tous les six ans chez les personnes âgées. Les pays les plus pauvres affichent des taux de démence plus élevés, probablement en raison de facteurs liés au style de vie qui augmentent les risques tels que le niveau d’éducation, la nutrition et la pollution.2

La démence confrontée au vieillissement de la population


Alors que l'espérance de vie ne cesse d’augmenter, la démence va probablement devenir une pathologie majeure touchant de plus en plus de personnes partout dans le monde. Le nombre de personnes atteintes de démence devrait presque doubler tous les 20 ans1 et le coût financier associé au traitement de cette pathologie devrait atteindre 1 000 milliards de dollars cette année. Ce chiffre pourrait doubler d’ici 2030 pour atteindre 2 000 milliards de dollars5. Nous voyons se profiler une crise mondiale de la démence, alors que les gouvernements et les systèmes de santé s’efforcent de faire face au nombre croissant de patients.

 

Que font les entreprises ?


Il n’existe à ce jour aucune méthode médicale connue, efficace et prouvée pour prévenir ou traiter la démence ou la maladie d’Alzheimer4, et trouver un remède est devenu une sorte de quête du Graal pour les acteurs du secteur de la santé. Les entreprises prévoient de dépenser plus de 10 milliards de dollars d’ici 2021 dans le développement de traitements contre la maladie d’Alzheimer et la démence2.
Cela s’explique en grande selon nous partie par le fait que notre compréhension du cerveau et des pathologies neurologiques associées est encore très limitée par rapport à celle d’autres pathologies chroniques. Comparons notre connaissance très limitée du cerveau à notre connaissance scientifique du coeur : alors que les pathologies cardiovasculaires demeurent une cause de mortalité importante dans le monde, la connaissance médicale a tellement progressé que ces pathologies sont désormais facilement identifiables et curables, au moins dans les marchés développés.
De même, les avancées en oncologie devraient, selon nous, une amélioration des taux de survie des patients souffrant d’un cancer, et offrent l’espoir de bénéficier d’une espérance et d’une qualité de vie améliorées après l’annonce du diagnostic. Ainsi, il semblerait qu’à mesure que l’espérance de vie augmente, les pathologies cardiovasculaires et le cancer puissent céder
progressivement leur statut de principal facteur de mortalité à l’échelle mondiale au profit des maladies chroniques liées à l’âge.

 

Des traitements contre la démence :
Anticorps– L’entreprise de biotechnologie Biogen procède actuellement à des essais avancés portant sur un anticorps appelé aducanumab et ciblant une protéine qui s’accumule dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et qui semble contribuer au déclin cognitif et fonctionnel. Des essais de Phase 1 ont montré qu’aducanumab ralentissait de façon importante le déclin cognitif chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer d’intensité légère à modérée, en comparaison avec des patients ayant reçu un placebo.6
Thérapies neurodégénératives novatrices – Prothena, une autre société de biotechnologie, a récemment signé un accord d'une valeur de 150 millions de dollars avec l’entreprise biopharmaceutique Celgene visant à développer des médicaments ciblant trois protéines liées à différents types de démence7.

Le potentiel du big data pour un diagnostic plus précoce de la démence

« La démence ne peut plus être considérée comme une pathologie liée à la vieillesse, mais comme une maladie cliniquement silencieuse se déclarant à un âge moyen » – The Lancet medical journal

La nature progressive de la démence semble figurer parmi les aspects qui compliquent le plus le diagnostic de la maladie. Les premiers symptômes de la démence tels que les oublis répétés évoluent souvent lentement et sont facilement considérés comme des troubles « normaux » du vieillissement. Souvent, les professionnels de santé ne sont sollicités que lorsque la pathologie atteint un stade avancé.
L’avènement du big data pourrait favoriser un diagnostic plus précoce de la démence. En 2015, Optum, une division de l’entreprise d'assurance maladie United Health, a lancé la « Big Data Research Initiative » (Initiative de recherche sur le big data), en collaboration avec des acteurs de l’industrie, du monde académique et des gouvernements qui vise à accélérer la recherche sur la maladie d’Alzheimer. L’entreprise utilise des techniques scientifiques avancées de traitement des données pour analyser les dossiers électroniques des patients souffrant de démence afin d’ identifier des signaux potentiellement utiles pour prédire, prévenir et traiter la démence.8
En analysant des combinaisons de pathologies mentales et physiques rapportées par les patients souffrant de démence ou de la maladie d’Alzheimer dans les années précédant le diagnostic officiel (en particulier la dépression, les chutes et les troubles de la mémoire), l’entreprise a identifié des signaux d’alerte jusqu’à trois ans avant que le diagnostic traditionnel de la pathologie puisse être posé.8

 

Neuroplasticité et jeux vidéo – à la recherche de traitements potentiels de la démence
Les traitements contre d’autres types de troubles cognitifs pourraient également apporter des réponses pour le traitement de la démence.
Le concept de neuroplasticité, selon lequel le cerveau est capable de changer au cours de notre vie et les connexions neuronales peuvent être reformées grâce à des facteurs comportementaux et cognitifs, a été utilisé avec un certain succès afin de traiter d’autres pathologies neurologiques.
Par exemple, Akili Interactive a développé un « médicament digital » appelé AKL-T01 pour aider les enfants atteints de troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) à améliorer le contrôle de leur attention et leur impulsivité. Le traitement comprend un jeu vidéo d’action en immersion sur tablette utilisant l’art, la musique, la narration et la récompense pour maintenir l’attention du patient sur son activité cognitive thérapeutique. L’entreprise a déclaré que les patients participant à l’essai avaient montré une « amélioration statistiquement significative » de leurs symptômes de TDAH10, et cherche désormais à obtenir l’autorisation règlementaire pour commercialiser ce traitement.
Cela suggère que dans les prochaines années, beaucoup d’autres domaines de la science et de la médecine pourraient faire émerger un remède contre la démence, la maladie d’Alzheimer et d’autres troubles cognitifs.

Mode de vie sain et actualisation hyperbolique – nous savons, mais nous n’agissons pas

Aux premiers stades de progression de la démence, il a été prouvé qu’un mode de vie sain bloque l’évolution de la pathologie. Plus d’un tiers des cas de démence pourraient être évités en consacrant plus de temps à l’éducation et en évitant les facteurs négatifs associés au mode de vie tels que le stress, l'obésité, les blessures à la tête ou encore la pollution11.
Selon nous, en dépit de ces modèles comportementaux clairement identifiables offrant de bonnes chances d’éviter ou de retarder la démence, les individus négligent souvent l’impact positif que de petits changements dans leur mode de vie peuvent avoir sur le long terme. C’est le résultat de ce que l’on pourrait appeler « l’actualisation hyperbolique », qui désigne un processus mental favorisant les choses ayant un impact immédiat sur les individus.
Les résultats d’une étude physiologique menée à l’université Stanford dans les années 70 – connue aujourd’hui sous le nom de test du marshmallow – illustrent très clairement ce phénomène. Dans le cadre de cette étude, les participants devaient faire un choix : recevoir une seule guimauve le jour même, ou deux guimauves le lendemain. Elle a révélé que beaucoup de personnes avaient tendance à préférer la gratification immédiate à la récompense à plus long terme. Par ailleurs, les études de suivi menées sur les participants ont révélé que les personnes qui étaient capables de favoriser les résultats à long terme réussissaient en général mieux leur vie.
Il nous semble que beaucoup de personnes sont conscientes du style de vie et des comportements qui contribuent à réduire le risque de démence, mais font peu d’efforts afin de changer leurs habitudes. Étant donné les coûts considérables associés au traitement de la démence et des pathologies connexes (telles que les fractures causées par des chutes), cela pourrait influencer la façon dont les assureurs proposent leurs offres de protection.
Indeed Vitality, une division de l’assureur sud-africain Discovery, a bien conscience de ce phénomène et Adrian Gore, son PDG, a déclaré que les gens adoptent un mode de vie malsain « car ils ne se soucient que de l’instant présent »13. Afin de remédier à cette tendance, la compagnie encourage ses clients à adopter un mode de vie plus sain en leur offrant des appareils de suivi de leur santé. Les clients sont ainsi en mesure de mieux gérer leur mode de vie, et l’entreprise réduit ses dépenses liées au traitement des pathologies évitables telles que l’obésité.

Construire des maisons médicalisées spécialisées pour les patients atteints de démence

Les entreprises sont également conscientes de l’imminence d'une crise de la dépendance. Alors que la population vieillit, les générations plus jeunes – qui jonglent entre la responsabilité de leurs enfants, de leurs parents et de leurs grands-parents – sont moins équipées financièrement et émotionnellement pour s’occuper de proches souffrant de cette pathologie.
85 % des coûts associés à la démence, soit une proportion colossale, sont liés aux familles et aux soins sociaux (indépendamment des soins médicaux), ce qui peut avoir un impact négatif significatif sur le bien-être quotidien des familles de patients souffrant de démence. En effet, 40 % des soignants souffrent de dépression clinique ou d’anxiété14.
Dans le secteur de l’immobilier, nous avons vu se développer progressivement des maisons médicalisées et spécialisées sur la mémoire, différentes des résidences-services typiques ou des maisons de retraite car leur conception est axée sur la détérioration des capacités et de la mobilité des patients atteints de démence.
Aux premiers stades de la pathologie, lorsque les patients sont encore indépendants dans une certaine mesure, les résidences-services offrent un niveau basique de surveillance et de soins, et disposent de personnel disponible pour aider les patients dans les activités quotidiennes telles que s’habiller et se laver. Toutefois, lorsque la pathologie s’aggrave, les patients nécessitent un niveau de surveillance plus élevé et compétent, des soins permanents et diverses activités et thérapies.

Les maisons médicalisées spécialisées sont souvent conçues pour aider les patients à se connecter aux éléments de leur propre vie que la pathologie efface. Par exemple, certaines sont construites dans le style architectural des années 40 (les années dont les patients souffrant aujourd’hui d’Alzheimer vont probablement le mieux se souvenir) tandis que d’autres utiliseront des thérapies basées sur la musique et diffuseront des odeurs familières au sein de la communauté afin de stimuler les zones sensorielles du cerveau qui ne sont pas connectées à la mémoire. Elles appliquent également un niveau de sécurité plus élevé dans le but d’éviter que des patients désorientés errent et se blessent. Ces facteurs vont probablement impliquer une hausse de la demande et du taux d’occupation des centres d’accueil spécialisés de longue durée15.

Lutter contre la démence

En définitive, le vieillissement de la population mondiale aura des répercussions importantes sur les individus, les entreprises et les gouvernements dans les prochaines décennies. Le nécessité de lutter contre les problèmes de société engendrés par cette tendance multi-décennale est susceptible d’influencer les stratégies d’entreprise et renforcer la cohésion des entreprises et des actionnaires socialement responsables. Des entreprises issues d’un grand nombre d’industries reconnaissent déjà que les besoins des générations les plus âgées vont augmenter parallèlement à la hausse du nombre de personnes âgées dans le monde.
Comprendre, prévenir et traiter les maladies chroniques telles que la démence sont les clés de l’amélioration du bien-être humain, social et économique. Les entreprises doivent poursuivre leurs recherches en matière de santé, encourager des comportements plus sains auprès des consommateurs et fournir des solutions sur mesure durables afin d'éradiquer cette pathologie pour les générations futures.

Sources:

1. Alzheimer’s Disease International, World Alzheimer’s' Report 2015

2. GBI Research via BAML The Silver Economy - Global Ageing Primer, mai 2016

3. Forum Health Econ Policy, novembre 2014

4. Organisation Mondiale de la Santé, correct au mois d’avril 2018

5. Radiol 2015, via Alzheimer’s Disease International

6. Biogen, avril 2018

7. Prothena, mars 2018

8. Optum, février 2015

9. Optum, novembre 2017

10. Akili Interactive, décembre 2017

11. Lancet medical journal via Financial Times, mars 2018

12. Science via US Library of National Medicine, mai 1989

13. Adrian Gore via FN News, mai 2017

14. The Lancet, Preparing for later life today, juillet 2017

15. Senior Housing Analytics, juillet 2017

 

Ce document est exclusivement conçu à des fins d’information et ne constitue ni une recherche en investissement ni une analyse financière concernant les transactions sur instruments financiers conformément à la Directive MIF 2 (2014/65/CE) ni ne constitue, de la part d’AXA Investment Managers ou de ses affiliés, une offre d’acheter ou vendre des investissements, produits ou services et ne doit pas être considéré comme une sollicitation, un conseil en investissement ou un conseil juridique ou fiscal, une recommandation de stratégie d’investissement ou une recommandation personnalisée d’acheter ou de vendre des titres financiers. Ce document a été établi sur la base d'informations, projections, estimations, anticipations et hypothèses qui comportent une part de jugement subjectif. Ses analyses et ses conclusions sont l’expression d’une opinion indépendante, formée à partir des informations disponibles à une date donnée.

Toutes les données de ce document ont été établies sur la base d’informations rendues publiques par les fournisseurs officiels de statistiques économiques et de marché. AXA Investment Managers décline toute responsabilité quant à la prise d’une décision sur la base ou sur la foi de ce document. L’ensemble des graphiques du présent document, sauf mention contraire, a été établi à la date de publication de ce document. Du fait de sa simplification, ce document peut être partiel et les informations qu’il présente peuvent être subjectives.

Par ailleurs, de par la nature subjective des opinions et analyses présentées, ces données, projections, scénarii, perspectives, hypothèses et/ou opinions ne seront pas nécessairement utilisés ou suivis par les équipes de gestion de portefeuille d’AXA Investment Managers ou de ses affiliés qui pourront agir selon leurs propres opinions. Toute reproduction et diffusion, même partielles, de ce document sont strictement interdites, sauf autorisation préalable expresse d’AXA Investment Managers.

L’information concernant le personnel d’AXA Investment Managers est uniquement informative. Nous n’apportons aucune garantie sur le fait que ce personnel restera employé par AXA Investment Managers et exercera ou continuera à exercer des fonctions au sein d’AXA Investment Managers.

AXA Investment Managers Paris – Tour Majunga – La Défense 9 – 6, place de la Pyramide – 92800 Puteaux. Société de gestion de portefeuille titulaire de l’agrément AMF N° GP 92-008 en date du 7 avril 1992 S.A au capital de 1 384 380 euros immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro 353 534 506.