Etude de cas client : Fondation Jean-Jacques Laffont

Le Conseil d’administration de la Fondation Jean-Jacques Laffont à Toulouse a décidé l’année dernière de se lancer pour la première fois dans l’investissement d’impact par le biais d’un investissement dans un des programme « Impact » d’AXA IM. Les membres du Comité de placement partagent avec nous certaines des réflexions qui les ont conduits à se prononcer en faveur de cet investissement.

Historique

La Fondation Jean-Jacques Laffont a vu le jour il y a dix ans afin de financer la création de la Toulouse School of Economics (TSE), un centre de recherche en économie parmi les meilleurs en Europe. La création commune de la Fondation et de TSE visait à poser des bases institutionnelles solides et durables pour le groupe de recherche en économie de renommée mondiale qui s’est formé à Toulouse, dans le sillage de l’université publique centenaire de la ville, l’Université Toulouse Capitole. 

Financée au moyen de contributions publiques et privées, la Fondation a récolté une dotation considérable s’élevant à près de 100 millions d’euros. Celle-ci permet de créer un environnement de recherche et de formation hautement compétitif grâce à des installations de pointe, afin de mener à bien des recherches à portée mondiale, et d’attirer et de retenir les meilleurs enseignants. La Fondation Jean-Jacques Laffont, dont le président, Jean Tirole, est lauréat du prix Nobel, mène actuellement une campagne internationale prometteuse de levée de fonds auprès de donateurs (entreprises et particuliers) cherchant à soutenir l’excellence en matière de réflexion et de connaissances économiques. 

Objectifs financiers

La politique financière de la Fondation s’inspire du modèle utilisé par les universités américaines de premier plan : récolter une dotation importante et de manière pérenne lui permettant de financer ses dépenses grâce aux rendements de la dotation, tout en préservant le capital. L’objectif de ce modèle est de limiter les pertes de rendements réels attendus. La préservation du capital de dotation constitue un élément important aux yeux des parties prenantes, du personnel et du public, et TSE s’attache à mettre en œuvre une stratégie visant à assurer et à consolider sa position de centre de recherche majeur sur le long terme. 

Il est essentiel de sécuriser la dotation. Cependant, la Fondation dispose de la flexibilité nécessaire pour assurer une politique de dépenses stables en réduisant les variations de rendements, et ainsi lui permettre de conserver une certaine cohérence par rapport à ses objectifs de long terme.

Le profil financier très prudent du portefeuille  est conforme à l’opinion de l’auditeur public supervisant la Fondation.

L’investissement d’impact représente une partie de l’exposition du portefeuille aux classes d’actifs alternatives, c’est-à-dire des actifs considérés comme stables, mais très peu liquides. Le portefeuille peut supporter une exposition importante à des actifs illiquides, ce qui est le cas pour la plupart des dotations universitaires. Compte tenu de la faiblesse actuelle des rendements, le conseil a autorisé le placement d’un tiers du portefeuille total dans des actifs alternatifs.  

La diversification offerte par l’investissement d’impact a constitué un argument fondamental pour la Fondation. Le Comité de placement a considéré de fait que les projets d’investissement faisant partie de la stratégie d’impact d’AXA IM offriraient très probablement une faible corrélation avec d’autres classes d’actifs du portefeuille. L’exposition de la stratégie d’impact aux marchés émergents offre une diversification importante, tandis que la structure et la nature des projets semble indiquer qu’ils sont moins exposés aux variations macroéconomiques qui caractérisent d’autres classes d’actifs sur les marchés émergents. 

Raisons motivant le passage à l’investissement d’impact

L’investissement dans des projets d’impact a permis à la Fondation de rapprocher ses activités de placement et une grande partie des sujets qui définissent ses activités de recherche. Jean-Jacques Laffont, le fondateur du Centre d’excellence en économie de Toulouse, était un homme de convictions. Il pensait que les sciences économiques pouvaient être un atout dans ce monde, et sa vision perdure aujourd’hui au sein de la communauté de recherche de TSE. Les programmes de recherche d’un certain nombre d’enseignants de l’université et de groupes de recherche de TSE sont axés sur des domaines dans lesquels les sciences économiques peuvent avoir un impact positif. En outre, de nombreux sujets de recherche portent sur l’investissement d’impact, notamment la transition énergétique, le réchauffement climatique et le développement durable. À titre d’exemple, cela fait plusieurs années que les chercheurs de TSE se penchent sur la question de la finance durable, et leurs recherches et conclusions sont étroitement liées aux thèmes d’impact. 

Ainsi, l’allocation à une stratégie d’impact permet de réconcilier la façon dont le capital de dotation est investi avec des thèmes de recherche économique de TSE, tout en étant conforme aux nombreuses conclusions tirées par les économistes de l’école. Cela a permis, d’une certaine manière, d’aligner les fonds de TSE avec les thèmes  d’investissement mis en avant par leurs recherches.issements 

Il a toujours été clair pour le Comité de placement que cet investissement serait soumis aux mêmes exigences strictes de risque et de rendement que tous les investissements de la dotation. Les membres du Comité restent confiants et estiment que son investissement dans la stratégie d’impact constitue un moyen efficace d’atteindre son objectif de rendement par rapport à un niveau de risque équivalant à la frontière efficiente ou proche de celle-ci. Cela permet également de financer des projets ayant un impact positif sur la société.

Stratégie d’impact - considérations et préoccupations

Le Comité de placement a dans un premier temps émis certaines réserves quant à la réalisation des objectifs en matière de rendement financier au travers de l’investissement d’impact. La crainte initiale de certains membres du Comité portait sur l’éventuel besoin de faire des compromis sur la génération de revenus si la question de l’impact était sérieusement prise en compte. Toutefois, l’objectif de rendement de la stratégie est conforme au rendement de l’indice de référence,  que la Fondation souhaite dégager, et celui consistant à générer un profil de revenus stables et réguliers correspond également à la stratégie globale du portefeuille.

S’agissant du premier investissement d’impact de la Fondation, il était essentiel de pouvoir choisir un gestionnaire d’actifs disposant d’un historique établi dans la stratégie et n’hésitant pas à prendre lui-même des risques par l’intermédiaire de co-investissements avec des investisseurs institutionnels de grande envergure. 

Néanmoins, la Fondation Jean-Jacques Laffont perçoit l’investissement comme un outil d’apprentissage. Le Comité de placement souhaite en apprendre plus sur la façon dont se développent avec le temps certains aspects au sein de la stratégie d’impact. Par exemple, les investissements dans la microfinance ont été éprouvés, mais jusqu’où ces opportunités d’investissement peuvent-elles évoluer ? Le marché va-t-il devenir saturé ? Le nombre de projets dans lesquels investir sera-t-il toujours suffisant ou les opportunités se feront-elles plus rares ?

Mesures et reporting

Le Comité de placement considère que les rapports périodiques du gestionnaire sur la dotation sont essentiels, car les membres du Comité doivent transmettre de manière transparente des indicateurs relatifs à l’investissement au conseil. Compte tenu du caractère relativement nouveau de l’investissement d’impact, le besoin de due diligence est nécessaire, même s’il existe d’autres critères à prendre en compte. L’évaluation de la performance financière et de l’exposition au risque, ainsi que les perspectives d’impact fournies de manière périodique via des indicateurs clés de performance financière et d’impact suivant un cadre défini et régulier, permettra au Comité de transmettre des informations pertinentes au conseil afin que celui-ci puisse prendre des décisions éclairées sur les futurs investissements. 

L’offre doit s’étoffer pour satisfaire la demande

Enfin, les membres du Comité de placement estiment que la demande est forte pour ces types de stratégies d’impact de la part d’investisseurs ayant le même profil qu’eux. L’offre doit s’étoffer pour répondre à la demande, grâce au développement de solutions d’investissement conservant une certaine intégrité, en ce qui concerne les projets d’ impact, et une compétitivité en termes de rendements.