ESG et revenus : Nul besoin de transiger

Kathryn McDonald, Head of Sustainable Investing chez AXA IM Rosenberg Equities, explique pourquoi les investisseurs en quête de rendements pourraient se mettre au vert

Les actions offrent de belles opportunités de rendements. Tous les marchés, tous les secteurs et toutes les capitalisations comptent des entreprises versant des dividendes attrayants. Pourtant, les investisseurs semblent penser que seule une poignée de secteurs offre des versements de dividendes intéressants. Les secteurs plus exposés aux valeurs de « l’économie à l’ancienne », notamment dans les télécommunications, l’énergie, la finance et les services aux collectivités, affichent généralement des rendements supérieurs. Toutefois, nos recherches indiquent que les autres segments de marché recèlent également de nombreuses opportunités en matière de rendements à condition d’élargir ses recherches. Toutes ces opportunités signifient que les investisseurs peuvent concilier leurs principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et leur quête de rendements. 

Plus de rendements, moins de carbone

Les deux secteurs les plus polluants, à savoir l’énergie et les services aux collectivités, étant également les plus rémunérateurs en termes de dividendes, de nombreux investisseurs en quête de rendements s’interrogent certainement sur la possibilité d’obtenir des rendements élevés sans prendre d’importants risques liés au carbone. Nous avons récemment analysé un échantillon de 2700 actions des marchés développés et émergents pour lesquelles les données sur l’intensité en carbone, les notes ESG et des informations valides concernant les dividendes étaient disponibles. Ces recherches ont révélé que, sur les marchés d’actions, les meilleurs payeurs en termes de dividendes n’étaient pas nécessairement les plus gros pollueurs. 

Certes, les titres offrant les dividendes les plus élevés comprennent un certain nombre de sociétés à forte empreinte carbone, mais également de nombreuses alternatives moins polluantes. Les investisseurs n’ont donc pas à renoncer au critère environnemental dans le cadre de leur recherche de rendements. 

Après avoir retiré les valeurs présentant la plus forte intensité en carbone de notre analyse, nous avons constaté que cela n’avait quasiment aucun impact sur le ratio de distribution moyen et qu’il existait de nombreuses possibilités pour obtenir des dividendes importants sans investir dans les sociétés les plus polluantes.

Le graphique ci-dessous montre le ratio de distribution moyen pour les valeurs de chaque quintile, le premier quintile offrant les dividendes par bénéfice les plus attrayants. Dans le graphique de droite, toutes les actions assorties d’une intensité en carbone supérieure à 2000 ont été retirées de l’étude. Les résultats révèlent que le retrait des pires pollueurs n’a guère d’effet sur le ratio médian de chaque quintile, mais a en revanche d’importantes répercussions sur l’empreinte carbone des quintiles.

 

Bonne gouvernance et quête de rendements

Durant la deuxième phase de cette étude, nous avons analysé la relation entre les principes de gouvernance et la politique en matière de dividendes d’environ 4100 sociétés des marchés développés et émergents pour lesquelles nous avions accès aux données ESG ainsi qu’à des informations valides concernant les rendements. Nous avons découvert que les sociétés versant des dividendes possèdent généralement de meilleurs profils de gouvernance que celles qui n’en versent pas. Cela semble indiquer que les investisseurs en quête de dividendes privilégient déjà les sociétés affichant de bonnes pratiques de gouvernance.

Les résultats de gouvernance supérieurs des sociétés payant des dividendes semblent découler d’une transparence accrue, de programmes de rémunération incitative pour les dirigeants et de droits des actionnaires renforcés.

En limitant notre analyse aux entreprises qui versent des dividendes inférieurs à leurs bénéfices annuels, nous avons constaté que les valeurs assorties de ratios de distribution plus élevés disposaient également de profils de gouvernance plus attractifs. Les bonnes pratiques de gouvernance iraient donc de pair avec l’approche d’investissement axée sur les rendements.

 

Notre analyse interne révèle qu’une bonne gouvernance semble être favorable à une approche d’investissement axée sur les rendements. Toutefois, les actions présentant le risque le plus élevé de réduction ou d’annulation de dividende (risque majeur des placements en actions axés sur les rendements) affichaient également un profil de gouvernance légèrement supérieur à celui de leurs homologues. Par conséquent, si les bonnes pratiques de gouvernance peuvent effectivement constituer une caractéristique clé des valeurs à dividendes élevés, d’autres facteurs doivent être pris en compte pour mieux comprendre les risques liés à d’éventuelles réductions des ratios de distribution. 

Nul besoin de transiger sur le profil ESG de vos investissements

Nos analyses indiquent que les investisseurs n’ont pas à transiger sur leurs objectifs ESG pour dégager des rendements élevés sur les marchés d’actions. En effet, les facteurs ESG, tels que les bonnes pratiques de gouvernance, ont une corrélation positive avec les entreprises versant des dividendes importants. De plus, concernant les aspects environnementaux, nous avons observé que les dividendes élevés n’étaient pas réservés aux entreprises avec la plus forte empreinte carbone. L’intégration de critères ESG à une approche d’investissement ne devrait donc pas faire obstacle à la génération de rendements supérieurs.

Tous ces éléments sont déterminants pour les investisseurs orientés rendements, en particulier compte tenu de la tendance que suivent les investissements ESG et de leur importance croissante à l’échelle mondiale. Les informations ESG peuvent aider les investisseurs à déceler les dangers et les opportunités. Si certains d’entre eux peuvent, dans certains cas, mettre des années à se matérialiser, ils façonneront néanmoins notre économie. Les stratégies axées sur les rendements ayant les plus grandes chances de réussite sont celles qui parviennent à exploiter toutes les informations pertinentes sur les entreprises, y compris les critères ESG. Les approches d’investissement intégrant déjà les facteurs ESG ne devraient quant à elles pas voir leurs opportunités diminuer en termes de rendements. 

1 Remarque : nous avons répété cette analyse en utilisant les émissions de carbone directes + indirectes de catégorie 1 (mesurées en tonnes de CO2e, contrairement à l’intensité qui calcule les émissions de carbone en fonction des revenus). Les résultats obtenus étaient similaires à ceux présentés ici. En supprimant les 56 valeurs dont les émissions de carbone dépassaient 30 000 tonnes de C02e, nous avons réduit l’empreinte carbone moyenne des premier et deuxième quintiles de ratio de distribution d’environ 50 % sans que cela réduise considérablement le ratio de distribution moyen.