Les obligations vertes : l'évolution se déplace vers l'est

De nature à satisfaire les indicateurs d'impact de plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies1, les obligations vertes peuvent s'avérer être un instrument efficace pour relever les enjeux environnementaux, en particulier le défi du changement climatique. Toutefois, pour apporter une contribution significative aux objectifs environnementaux, les obligations vertes ont besoin de prendre de l’ampleur, sans pour autant faire de concession sur leur crédibilité en matière d'environnement.

Les obligations vertes, précisément conçues pour lever des capitaux destinés à financer des projets s'accompagnant de bénéfices explicites pour l'environnement, proposent une voie concrète pour investir dans l'économie bas carbone. 

Nous nous intéresserons dans cet article à la croissance de ce marché, notamment en Chine, et son potentiel pour apporter un important soutien à la transition vers une économie chinoise « plus respectueuse de l'environnement ». Nous nous pencherons en outre sur notre cadre d'analyse des obligations vertes.

Le marché des obligations vertes prend de l’ampleur

Le marché des obligations vertes poursuit son expansion à un rythme significatif, la demande étant particulièrement soutenue du côté des investisseurs institutionnels. En 2017, on a dénombré plus de 120 milliards de dollars US de nouvelles émissions, soit une année record pour ce type d'obligations (Figure 1).

 

Demande

Selon la Climate Bond Initiative (CBI), 54 % des obligations vertes ont été allouées à des investisseurs socialement responsables et/ou des investisseurs verts. Les investisseurs institutionnels s'arrogent une grande partie de ce marché en raison de sa transparence et des bénéfices mesurables pour l'environnement moyennant des rendements similaires à ceux des obligations non vertes provenant des mêmes émetteurs.

Tarification

Dans un contexte où la demande est forte, la tarification revêt une dimension capitale. Au sein d'un échantillon analysé par la CBI, les tarifs de la plupart des obligations vertes étaient dans la lignée des prix obtenus avec les nouvelles émissions qualifiées de « traditionnelles ». Sans compter qu'à l'occasion, les obligations vertes sur le marché secondaire de la dette des entreprises en euros se sont mieux comportées que leurs homologues traditionnelles (à l'exception du secteur des titres libellés en dollar US). La solidité de la demande s'est traduite par des taux de sursouscription supérieurs à 2 (pour les opérations vertes en euro comme en dollar). 

Liquidité 

La liquidité s'est grandement améliorée ces deux dernières années, avec une compression des écarts bid/ask, qui a amélioré la négociation sur les marchés secondaires. Les émetteurs existants ont poursuivi la construction de leurs courbes et la transaction en obligations vertes de référence émise par l'État français début 2017 a indéniablement offert de la liquidité aux investisseurs.

2018 : L’expansion du financement privé pour la transition écologique chinoise

Alors que les émetteurs chinois ont représenté 30 % des émissions mondiales en 2016, l'activité sur le marché primaire s'est essoufflée en 2017 suite aux efforts de désendettement du système financier entrepris par Beijing. Selon nous, cette pause ne sera que temporaire et la reprise des émissions sera au rendez-vous dès que la Chine passera à la vitesse supérieure dans le cadre de sa transition verte. Même en tenant compte de ce recul, la Chine est restée le deuxième plus gros émetteur en la matière, derrière la France. 

Dans son 13e Plan quinquennal, le gouvernement chinois s'est fixé des objectifs ambitieux en termes de réduction des émissions de carbone et d'efficacité énergétique. Ce plan s'accompagnera d'un rééquilibrage de l'économie chinoise qui doit renoncer à un modèle de croissance très polluant, énergivore et porté par l'investissement. Elle doit ainsi opter pour un système vert, efficace et durable, alimenté par la consommation et les services.

Afin d'atteindre ces objectifs, la Banque populaire de Chine (PBoC) estime qu'il sera nécessaire d'investir au moins entre 2 000 et 4 000 milliards de RMB par an (entre 320 et 640 Md d'USD)2. Sachant que seuls 10 à 15 % de cette enveloppe seront financés sur des fonds publics, il faut trouver un moyen pour que les 85 % restants proviennent du secteur privé.

Le marché des obligations vertes a été précisément conçu à cette fin. Selon les prévisions de la CBI, le marché des obligations vertes pourrait augmenter pour atteindre 1 000 milliards d'USD d'ici à 2020 ; notre estimation montre que la Chine devrait dominer cette offre mondiale (Figure 2).

Cette prévision est fournie à des fins exclusives d'illustration et ne constitue pas une offre d'achat ou de vente. Elle ne constitue pas un indicateur fiable des performances futures. Ces prévisions de rendements ne doivent pas faire foi et il n’est fait aucune déclaration indiquant qu’un fonds ou qu’une stratégie sont susceptibles ou assurés d’enregistrer des pertes ou des bénéfices similaires à ceux indiqués dans le présent document.

La définition d'une norme internationale commune est à portée de main

En décembre 2015, la PBoC a publié un ensemble de règles faisant de la Chine le premier pays à disposer d'une réglementation claire visant à régir son marché des obligations vertes. Néanmoins, la coexistence d'autres normes3 peut faire naître des risques et créer de la confusion, lesquels sont susceptibles de porter préjudice au développement de ce marché. Une harmonisation future des règles est indispensable pour renforcer la clarté et la confiance que placent les investisseurs dans les obligations vertes chinoises.

La comparaison des normes relatives aux obligations vertes chinoises aux normes internationales habituelles révèle certains écarts. Certains projets, principalement ceux liés aux énergies fossiles, sont éligibles au financement par des obligations vertes en Chine alors qu'ils en sont exclus en vertu des principes en vigueur sur la scène internationale. Par ailleurs, les investisseurs dans le monde s'inquiètent du niveau de transparence et de la crédibilité de l'information financière bien que  plus de 70 % des émissions d'obligations onshore4 fassent l’objet d’une vérification indépendante. De plus, même pour les investisseurs intéressés, l'accès au marché peut être un obstacle compte tenu du contrôle des flux de capitaux et de la convertibilité restreinte de sa devise.

Malgré les émissions en circulation, les pouvoirs chinois ne perdent pas de temps pour faire évoluer et libéraliser ce marché. La PBoC est en discussions avec les autorités de réglementation, les émetteurs et les investisseurs en Europe, à l'instar de la Banque européenne d'investissement, afin de mettre au point des normes communes destinées au marché des obligations vertes ; une mise à jour est attendue l'année prochaine. Enfin, Beijing est résolue à poursuivre sur la voie de la libéralisation des flux de capitaux, qui simplifiera l'accès au marché onshore.

L’analyse et la sélectivité demeurent essentielles 

La rapidité de la croissance internationale du marché des obligations vertes souligne l'importance d'exercer une analyse préalable détaillée. Se montrer sélectif est indispensable pour relever les normes du marché des obligations vertes. Faire preuve de discernement entre les différentes obligations vertes et investir en conséquence permet de s'assurer que les projets financés sont les plus respectueux de l'environnement, les plus  pertinents et ceux qui auront le plus d'impact..

Sur un marché qui n'est encore qu'au stade préliminaire de son développement, les investisseurs doivent être attentifs et éviter les possibles cas d'« éco-blanchiment»5, qui permettraient à des projets de recevoir des financements du simple fait que leurs obligations sont « estampillées vertes ». Afin d'éviter ces écueils, des analyses approfondies sur chaque émission et la connaissance des émetteurs individuels sont de rigueur. En l'absence de normes communes sur des critères d'éligibilité au statut d'obligation verte sur le marché mondial, une vigilance systématique s'impose, de même qu'une surveillance et un suivi sont indispensables pour s'assurer que les émetteurs d'obligations vertes tiennent leurs engagements en termes d'impact environnemental.

 

 

1Selon le sitewww.undp.org/content/sdfinance/en/home/solutions/green-bonds.html, les obligations vertes ont le potentiel de répondre aux ODD n°6, 7, 8, 9, 11, 12, 13, 14 et 15 des Nations Unies.

2Par Jun Ma, ancien chef économiste de la PBoC, “China’s central bank wants private capital for green investment », entretien avec CNBC du 25 février 2016

3D'autres instances de réglementation, comme la National Development and Reform Commission, la China Securities Regulatory Commission et la Bourse de Shangai ont élaboré leurs propres référentiels

4Ernst & Young Global et PriceWaterhouseCoopers

5Ecoblanchiment ou greenwashing : méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en utilisant l'argument écologique. Le but du greenwashing étant de se donner une image éco-responsable, assez éloignée de la réalité. La pratique du greenwashing est trompeuse et peut-être assimilé à de la publicité mensongère.
Source : Novethic